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Outil classique de la cure, l'interprétation n'est pas, et de loin, l'apanage du seul psychanalyste. Mais si les deux protagonistes de la situation analytique s'y emploient, l'orientation, le devenir, les impasses du processus comme les changements que celui-ci produit sont très largement déterminés par le fonctionnement psychique de l'analyste en séance (mais aussi en dehors de celle-ci).
En tant que question de technique, l'interprétation requiert des conditions de timing, de proximité ou non par rapport au matériel inconscient, de transfert qui font l'objet de la transmission d'un « savoir-faire », avant de porter la marque du « style » personnel que chaque analyste se forge tout au long de son exercice: autant dire qu'elle témoigne, de principe, de l'état du contre-transfert. Et, au-delà de la simple technique, on voit bien que la place même donnée à l'interprétation engage la conception et les visées de la cure elle-même: le modèle optimal de l'interprétation de transfert liait l'actualité revécue dans la cure au désir infantile refoulé et jusque-là déplacé dans le symptôme, ou trouvant sa voie royale dans le rêve. Que devient ce modèle dans les cures contemporaines, où l'interprétation du conflit intrapsychique est bien plus problématique, voire même selon certains conduirait des cures à l'enlisement, si l'élaboration interprétative se limitait à celle des contenus fantasmatiques stricto sensu?
Dans le polyglottisme actuel de la psychanalyse et la diversité des modèles théoriques, quelle définition acceptable pour l'interprétation?
Bion définissait l'objet psychanalytique comme la réalité psychique découpée par la théorie et la technique, cette réalité faisant l'objet de l'interprétation. Mais, de nos jours, la conception mémorielle de la cure, qui fait à l'interprétation (re)construction une place essentielle, n'a-t-elle pas cédé le pas à une conception processuelle, certes toujours ancrée sur le retour de l'infantile, mais plus attentive cependant aux capacités