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Comme un individu peut-être, un peuple peut avoir une idée de son identité qui n'est pas nécessairement en relation directe avec la réalité des faits, des origines, etc. (si tant est que celle-ci peut être cernée). Cette idée va varier en fonction de nombreuses données, mais aussi d'une vision de soi et du monde qui peut relever de l'idéologie. Elle ressortit aussi du rêve et du fantasme. En définitive, ces identités souhaitées, voulues et rêvées nous apprennent beaucoup sur l'inconscient collectif du peuple en question. Mais la manière dont les spécialistes de tel ou tel peuple peuvent approcher de tels rêves d'identité, leurs réactions, leurs rejets ou leurs propres identifications ne manquent pas non plus d'intérêt. Leur propre identité rêvée ou celle qu'ils se rêvent à travers le peuple étudié joue aussi dans leur approche un rôle essentiel.
L'exemple retenu ici est celui de l'Egypte ancienne (pharaonique), pour laquelle ces questions d'identité sont examinées à travers le concept flou et fuyant d'Orient (celui-ci ayant été au centre d'un colloque qui est à l'origine de cet article). Qu'est-ce que l'Orient, sinon parfois un réservoir à rêve et un appel au fantasme? Qu'est-ce alors que les orientalistes, du moins ceux qui étudient cette partie précise de l'Orient ancien que fut l'Egypte pharaonique, ces orientalistes qui se nomment alors égyptologues? Comment l'Egypte qu'ils rêvent parfois unique et à part, et l'Egypte qui s'est parfois elle-même rêvée unique et à part s'entrecroisent-elles et dialoguent-elles grâce à ou en dépit de ce concept même d'Orient? Ces questions sont au centre de cet essai épistémologique où on a également tenté de suggérer combien sont floues les limites qui séparent sujet et objet.