You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Car il faut la mort pour savoir le mystère, Stéphane Mallarmé.
Pouvez-nous imaginer le tumulte d'un esprit? Pouvez-vous encore vibrer par-delà les années écoulées au rythme perturbé d'un cœur et d'une tête en dérangement? Quand la nuit reprend ses droits après que la musique est devenue précisément immatérielle selon son essence avouée ou désirée, le poète Baudelaire, dans Paris qui commence déjà à perdre sa poésie, pataud comme un cygne, trébuche sous l'émotion: il sort du concert que Richard Wagner vient de proposer à la France, à l'Europe, à l'Occident.
Février 1860, c'est une date de l'histoire du monde. Un musicien de génie a proposé à une civilisation l'accomplissement de son art. Beaudelaire est subjugué, Mallarmé2 le sera à travers lui: il sera sensible au projet wagnérien par la lecture de son aîné, poète des Fleurs du mal, avant d'avoir entendu une seule note du maître allemand. L'un et l'autre, chacun à sa manière, penseront, puis repenseront le vertige wagnérien pour y répondre. Pour engager une riposte. Pour créer, non pas une foule, non pas un peuple, encore moins une race, trois dénominations équivalentes du public wagnérien, mais plutôt une filière, un réseau de combattants.
Jean Gillibert est de ceux-là: un résistant. Dans les couloirs ou sentiers de la pensée, méfiez-vous, ouvrez l'oreille, il est aussi farouchement armé et intransigeant