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Dans ce petit ouvrage clair et concis, P.-C. Racamier poursuit ses travaux sur la psychose en nous proposant un nouveau concept original — l' « Antœdipe » — qu'il avait tout juste ébauché dans son livre Les Schizophrènes paru en 1980. Cet Antœdipe, il va le situer par rapport à l' « Œdipe », non seulement dans l'avant de l'Œdipe au niveau chronologique, mais aussi en opposition et en face de celui-ci; d'où la contraction entre « anti » et « ante » pour former ce néologisme. P.-C. Racamier en précisera les destins, les devenirs, du côté pathologique mais aussi les bons côtés qui en font un temps capital de l'édification de la psyché.
P.-C. Racamier part de la notion de séduction narcissique qu'il avait déjà décrite dans Les Schizophrènes comme un lien originaire entre la mère et son bébé « dans un climat de fascination mutuelle et de nature foncièrement narcissique ». Ce lien est sous-tendu par un fantasme de complétude et de toute-puissance qui va mettre enfant et mère à l'abri et en dehors de la poussée pulsionnelle. Utile en son temps, si cette relation se pérennise, les risques de psychotisation sont intenses, la séduction narcissique évoluant en relation incestueuse.
Dans son schéma, qu'il a intitulé « le quadrilatère de Bordeaux », P.-C. Racamier nous retrace le chemin de l'accès à l'Œdipe. Il insiste sur le rôle de l'objet et de la reconnaissance de la relation binaire qui s'effectue grâce au « deuil fondamental » et qui conduit, par l' « angoisse de désêtre », à la notion de différences des êtres et à l'accession à l'ambivalence: ce long travail consacre l'issue du « conflit originaire ». Il l'oppose au conflit œdipien qui permet — lui — l'accession à la triangulation à travers l'angoisse de castration et débouche sur la différence des sexes et des générations.