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Le temps est bien lointain où l'on rêvait d'une psychanalyse à la française, « idéologiquement ancrée sur le sol national, pour l'arracher aux brumes germaniques ». Polyglotte dès le départ, universelle dans ses visées comme par ses références anthropologiques, la psychanalyse s'est enrichie, depuis Freud, de nombreux apports théoriques, à partir d'une clinique de plus en plus diversifiée. En élargissant ses indications la thérapie analytique s'est introduite dans les hôpitaux et les consultations publiques. Mais ici également la population a changé. Dans nos banlieues, comme dans nos villes, les patients arrivent du Maghreb, d'Afrique ou d'Asie, en attendant l'Europe de l'Est. L'identité française, comme le remarque Edgar Morin, se trouve devant la « possibilité d'intégrer dans son principe tous les constituants ethniques de la diversité planétaire ».
Face au développement du pluralisme culturel et des flux migratoires, face à cette crise du futur, comment réagissent les psychanalystes?
Devant le nouveau creuset planétaire, ne devrons-nous pas imaginer une approche nouvelle de ces minorités, à l'image de cette « anthropologie réciproque » que propose Umberto Eco?
En plus des difficultés liées à la langue, ou au traumatisme du voyage, comment dépasser les malentendus ou l'incompréhension d'une écoute qui ignore, le plus souvent, l'univers de référence de ces patients. Comment formuler des interprétations dans la méconnaissance des cultures d'origine sans tenir compte des métaphores de ces patients ou de leurs théories étiologiques, transmises de génération en génération? Si nous méconnaissons leurs modes de représentations et leurs logiques culturelles, notre écoute comme le cadre thérapeutique que nous leur offrons peuvent-ils rester pertinents? (T. Nathan).
La question ne mérite-t-elle pas d'être également posée pour les cures classiques? Avec des patients de culture différente, nos modes de pensée habituels risquent d'opérer une profonde réduction de notre écoute ou