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Freud prédisait avec justesse que Totem et Tabou subirait le même sort que L'interprétation des rêves, écrit E. Jones dans sa biographie1. Le 13 mai 1913, son livre étant terminé, Freud écrit à Ferenczi: « Depuis la “Traumdeutung”, je n'ai jamais travaillé à rien, avec autant de conviction et de joie. L'accueil sera le même, une tempête d'indignation, excepté de la part de mes proches. Dans ma controverse avec Zurich, ce livre vient juste à point pour nous diviser, comme par l'effet d'un acide sur un sel. »2
Pendant de nombreuses années, en effet, la grande majorité des anthropologues rejetèrent avec mépris les perspectives freudiennes. Jones évoque les véhémentes protestations qui s'élevèrent contre lui lorsque, invité par C. G. Seligman, à l'Institut royal d'anthropologie, il fit une conférence le 19 février 1924, intitulée « Psychanalyse et anthropologie », dans laquelle il évoquait les notions d'inconscient, de refoulement et de complexe d'Œdipe. Malgré le ton informatif et conciliant de Jones qui insistait sur « la convergence progressive des points de vue de l'anthropologie et de la psychanalyse », de vigoureuses protestations s'élevèrent alors, et l'on refusa d'inclure sa contribution dans le procès-verbal officiel3.
Pour Jones il ne fait aucun doute que ces condamnations étaient dirigées avant tout contre la notion de meurtre originaire du père de la horde. « L'horreur suscitée par ce qui était considéré comme une hypothèse monstrueuse et