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La récente traduction en anglais de Totem et Tabou, ouvrage de Freud consacré à l'interprétation de certains phénomènes ethnologiques, nous fournit l'occasion de passer en revue la série fort impressionnante d'essais parus pour la première fois dans la revue Imago, il y a de cela plusieurs années déjà.
Bien que cet ouvrage de Freud ne soit pas encore très connu des anthropologues, cela nous semble néanmoins amplement se justifier par le fait que le mouvement psychanalytique que Freud a créé est aujourd'hui tellement en vogue que ce livre ne manquera certainement pas de retenir l'attention des milieux intellectuels.
La thèse principale de Freud n'apparaît formellement qu'à la fin du livre, bien que, de toute évidence, et probablement à l'insu de l'auteur, elle sous-tende son raisonnement depuis le début. « On retrouve dans le complexe d'Œdipe les commencements à la fois de la religion, de la morale, de la société et de l'art… » (p. 179), tel est l'énoncé de cette thèse. Freud prend pour prémisse l'hypothèse de Darwin — reprise et développée ensuite par Atkinson — selon laquelle, à une période très reculée de l'histoire, l'homme vivait en petites hordes qui regroupaient un adulte mâle et un certain nombre de femmes et d'individus immatures, ces derniers se voyant chassés par le chef du groupe lorsqu'ils atteignaient l'âge où ils étaient susceptibles de provoquer sa jalousie. A cette hypothèse Freud ajoute la théorie de Robertson Smith selon laquelle « le sacrifice sur l'autel constituait la partie essentielle du rituel des religions anciennes » (p. 153); à l'origine, ce sacrifice impliquait de tuer et de manger l'animal totem du clan, animal qui était considéré comme étant l'ancêtre du clan et de son dieu et qui, par conséquent, en vertu d'un interdit,