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Tobie Nathan. — Je sais que, chez toi, un guérisseur se reconnaît au sac qu'il transporte partout avec lui et qu'il vide sur le sable avant d'interroger les divinités. Cauris, colas, chaînes de métal susceptibles d'inscrire sur le sol la parole codée du Fa4, bouteilles, miroir, clous, fioles de sciure de racines ou de poudres de plantes, boîtes contenant des organes séchés d'animaux sacrifiés, morceaux de bois durcis aux feux des repas d'ancêtres, copeaux de « savon noir », enfin: tout ce qu'il faut pour que se déclenche le processus. En revanche, dans le cabinet d'un psychanalyste, aucun outil technique: pas de stéthoscope, ni de carnet d'ordonnances, pas de machine sophistiquée pour observer les poumons ou les os à travers la peau, pas de blouse blanche ni d'exhalaisons d'encens purifiant comme l'éther ou l'alcool, pas l'ombre d'une seringue… juste un fauteuil et un divan. Nous autres, psychanalystes, prétendons soigner par la parole… C'est donner un sacré pouvoir à l'acte de parler, non?