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John C. Eccles, prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la synapse, nous livre à quatre-vingts ans le résultat d'une méditation sur l'origine de la conscience et de la spécificité humaine qui a sous-tendu le travail de toute sa vie. Partant de l'anatomie comparée du singe, des hominidés et de l'homme, il fouille la neuroanatomie moderne pour en faire surgir une double dimension: d'une part, il nous montre que les progrès de l'organisation cérébrale sont indissociables des progrès de l'évolution vers l'hominisation, d'autre part, il décolle les plans neuroanatomique et neurophysiologique de celui de la conscience et de la pensée.
Aujourd'hui où l'influence de Darwin sur Freud fait l'objet de publications, il sera intéressant pour ceux qui en ont la compétence de voir discutées les thèses qui s'opposent sur la manière dont les sauts progrédients se sont opérés dans l'évolution des espèces. Le profane reste saisi par le petit nombre d'individus concernés et les millions d'années nécessaires…
Le médecin fait aussi un voyage dans le temps, plus modeste, en réactivant les traces mnésiques laissées par son apprentissage de la neuroanatomie, pour découvrir beaucoup plus de subtilité: le modèle s'éloigne radicalement de la connection électrique. Spécialiste de la synapse, l'auteur donne un aperçu de son extraordinaire complexité. Mais surtout, par une critique nourrie par un abord scientifique médical, il remet en cause « l'homme neuronal » de Jean-Pierre Changeux. La conscience devient une activité de l'ensemble du cerveau, irréductible au fonctionnement neurologique de base. L'auteur propose alors d'appliquer à l'interface du psychique et du neurologique la dualité ondulatoire/corpusculaire de la physique moderne telle que l'articule la mécanique quantique. La