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Sous cet intitulé assez grandiose, c'est un ouvrage limpide et passionnant qui se donne à lire, de ceux qu'on ne lâche guère avant de les avoir terminés. Le sous-titre — De René Descartes à Jacques Lacan — en délimite la trajectoire: c'est l'étonnante convergence de deux démarches de pensée qui semblaient pourtant s'ignorer mutuellement au départ, la quête mathématico-philosophique d'une part, et l'aventure freudienne de l'autre.
I – Les temps modernes s'inaugurent, rappelle Le Gaufey, de « la fracture cartésienne », produisant le surgissement historique de la mathesis universalis, « lieu univoque de tout savoir qui ne soit pas opinion ». Autrement dit, l'instauration d'un champ de scientificité qui permette aux hommes de coder, de chiffrer le monde. En rupture avec la scholastique médiévale, la pensée dite « moderne » cherche à assurer l'unité du savoir sous le primat de la raison mathématique — raison à laquelle Dieu lui-même serait en quelque sorte soumis…
La seconde méditation de Descartes pose le cogito d'un sujet exclusivement voué à l'activité de pensée en tant que telle. C'est donc un sujet qu'on pourrait donc dire « sans qualités » (figurables), dans la mesure où il se pose comme le lieu d'un pur rapport (idéique). Or, rien n'assure cet ego qu'il existe quoi que ce soit hors de sa pensée. Et on sait combien, pour Descartes, les représentations qui constituent celle-ci, ainsi que toutes les figurations qu'il peut avoir du monde étaient a priori éminemment suspectes — le terme « figure » ne vient-il pas de fingere (feindre)? Qu'est-ce qui assure dès lors ego qu'il ne se soit pas lui-même donné ces idées? quel « référent » pourrait les lui garantir comme « vraies », c'est-à-dire autre chose qu'illusoires?