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Dans le commentaire spéculatif et plutôt désenchanté sur le processus civilisateur rédigé par Freud dans la suite de L'avenir d'une illusion, on peut lire une réflexion pessimiste sur l'inaptitude foncière de l'homme au bonheur, et ceci quelles que soient les contraintes des prescriptions sociales et culturelles. Si le texte, écrit en période de crise, porte sans doute la trace de celle-ci (montée du nazisme, krach de 1929, récession économique de l'entre-deux-guerres), s'y trouve surtout la poursuite de la réflexion métapsychologique de Freud: réaffirmation du rôle central de la pulsion de mort — on en connaît les effets ultérieurs dans la communauté analytique —, et de l'importance de la culpabilité comme du rapport au surmoi pour l'individu et pour le groupe social dans son ensemble. Mais c'est également, à bien des égards, un texte « prophétique » sur les questions qui se posent de nos jours aux analystes. Nous souhaitons en explorer certains axes importants, mais certainement pas exhaustifs, dans ce numéro de la RFP qui prolonge le Colloque de Deauville de la SPP tenu en 1992 sur ce thème.
Freud était-il optimiste ou pas quant aux capacités des humains à satisfaire leurs exigences en société? L'idée d'un progrès et d'un avenir éclairé par la science, voire par la psychanalyse, ne lui était en tout cas pas étranger, quel qu'ait été le scepticisme freudien sur « le droit d'espérer peu à peu de la civilisation des changements susceptibles de satisfaire mieux à nos besoins ».
C'est précisément cette idée même d'un progrès de la civilisation qui se trouve sérieusement mise en doute aujourd'hui, à constater l'état de notre fin de siècle.
Etre psychanalyste en 1993: les narrateurs de subjectivité que nous essayons