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Partant d'un commentaire radiophonique du livre de Janine Altounian: Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie, et du livre de Louis J. Micheets: Docteur 117641, une mémoire de l'holocauste, s'appuyant également sur le bel article de Raya Cohen consacré à une étude fine et attentive du roman de Franz Werfel: Les quarante jours du Musa Dagh, l'auteur souligne qu'un travail psychique long et complexe se déploie afin que le corps enseveli, enterré, gisant sous une pierre tombale où sont gravés noms et dates soit pleuré, par les survivants se sentant plus ou moins coupables.
Le corps du mort rappelle la nécessité de penser le corps, l'autre, le monde en termes relationnels dans un système de parenté, d'alliance, d'amitié/inimitié s'inscrivant dans un ordre temporal et symbolique. Ainsi, les morts et les vivants évitent le péril d'être mis hors histoire, grâce à la délimitation d'un avant et d'un après.
Lorsque le groupe ou l'Etat criminel dénie son agir exterminateur, l'extermination est comme redoublée. En effet la mémoire — l'aptitude relative au souvenir et à l'oubli — devient comme frappée d'interdit.
L'emprise des morts, disparus non honorés, sans sépulture, sans nom, peut faire passer des survivants porteurs de secrets et leurs enfants à côté de leur vie.
A l'inverse du bourreau exterminateur mû par la haine du nom, la poésie revendique, selon Paul Celan, le pouvoir de nommer.