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Mesdames, Messieurs, tout le temps pendant lequel nous nous préparions à parler avec vous, nous luttions contre une difficulté intérieure — nous ne nous sentons pour ainsi dire pas sûrs de la licence que nous prenons… De tout temps, les hommes se sont creusé la tête sur l'énigme de la féminité. Vous aussi, vous ne vous êtes sans doute pas exclus de cette réflexion, dans la mesure où vous êtes des hommes: on ne l'attend pas des femmes qui se trouvent parmi vous, elles sont elles-mêmes cette énigme. Ainsi s'adressait Freud, vous l'aurez reconnu, à l'auditoire imaginaire de sa trente-troisième conférence, en 1930.
Ici, c'est du féminin dans les deux sexes dont nous nous occupons.
Le masculin, celui en tout cas qu'en 1923 Freud nommera le phallique, crève, si l'on peut dire, les yeux: omniprésent dans la pensée freudienne, il n'a pas manqué de centrer la première partie de notre rapport.
Le féminin, voile, ombre, mais aussi continent, représente, dans l'imaginaire, l'alpha et l'oméga de nos histoires humaines: voir les trois Parques, ou bien les filles de Lear. Toile de fond, toile voilant, fond dans le sens de fondamental autant que… d'insondable…
Voilà pour le mythique, le mythique psychanalytique s'entend. Avec ce mythique, culturellement repris, on peut jouer, comme Magritte par exemple, qui dénomme « création collective » une toile où la classique sirène, corps féminin prolongé par une queue de poisson s'inverse: c'est une tête et, si l'on peut dire, un buste de poisson qui se termine, au fil du corps, par deux jolies et fines jambes on ne peut plus féminines. Dans cette « création collective » nos yeux jouent avec du phallique et du féminin. Cette sirène n'est-elle pas encore plus femme d'être phallique? Phallique donc, ce qui appelle bien sûr, châtré. Museau de tanche, évoquant la bouche vaginale et puis, ces jambes…