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Elle est la fille d'un Africain noir et d'une Suissesse blanche, blonde, aux yeux bleus. Elle-même, Alexandra, 10 ans, a la peau brune café au lait, les cheveux noirs, longs et lisses. Selbstvertändlich ou Natürlich, diraient nos rapporteurs à la suite de la mère du « Petit Hans ».
Pas du tout selbstvertändlich, comme vous allez le voir. Alexandra se définit comme: « Une Africaine blanche. » Le père ne l'a pas reconnue, il l'a vue quelquefois, lorsqu'elle était petite et il est allé vivre avec une autre famille qu'il avait ailleurs. Elle vit donc depuis toujours dans une relation extrêmement étroite avec sa mère. Elle aurait vu, je le dis au conditionnel, car les données changent souvent chez la mère, quelquefois une photo du père que possède la mère.
Alexandra fait une psychanalyse à quatre séances par semaine avec une collègue que je supervise et que je remercie de me permettre d'utiliser ce matériel. Les raisons de la thérapie: Alexandra est « étrange », solitaire, parle toute seule dans les coins, semble entendre des voix, se retourne parfois brusquement comme si quelqu'un venait l'assaillir par-derrière; sa thérapeute pense que parfois elle hallucine.
Une autre donnée importante est la suivante; la jeune femme qui la soigne est latino-américaine, elle a la peau basanée, d'une couleur semblable à celle d'Alexandra.
Dès la première séance Alexandra dit à sa psychanalyste qu'elle la soupçonne d'être un travesti; elle voudrait lui toucher les seins: « Pour voir si ce sont des vrais seins. » Par contre, elle prétend qu'elle-même possède un « zizi », elle dit: « Touche ici entre mes jambes, tu vois, il y a un renflement. »
Alexandra, au début de sa cure, dessine toute une série de têtes de fillettes avec des cheveux noirs et des yeux noirs, blondes aux yeux bleus, rousses aux yeux bleus; elle demande: « Peut-on être blonde aux yeux noirs? »