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R. M.: Au cours d'une émission sur France-Culture à propos de Lacan, vous avez cité de lui quelques aphorismes fulgurants dont celui-ci: « On est hétérosexuel quand on aime les femmes, qu'on soit un homme ou une femme. »
Pourriez-vous expliciter ce que Lacan entendait par cette boutade?
Ph. S.: Je crois que la formulation de Lacan est sérieuse; mais est-ce que ça ne va pas dans le sens de la formule de Freud, à savoir que le refus de la féminité est fondamental pour les deux sexes? Voilà une traduction logique, qui laisse d'ailleurs ouverte la question de savoir si quelqu'un arrive à aimer réellement des femmes dans sa vie.
Voyez-vous, la chose qui m'a frappé dans votre argument c'est l'arrivée de Platon. Tout le problème est de savoir si on peut sortir de la métaphysique ou pas. Est-ce que la psychanalyse elle-même y parvient? Freud est obligé d'avoir recours à la mythologie platonicienne, bien qu'il s'en écarte par ailleurs beaucoup. Subsiste toujours le fantasme de la réunion originelle, de l'androgyne. On parle toujours d'androgyne et jamais de gynandre. La gynandre, qu'est-ce que c'est?
Le tribadisme: vous savez que c'est un mot qui est couramment employé par Sade. Je le trouve très approprié à ce qui peut « faire froncer le sourcil de l'austère Platon », comme le dit avec humour Baudelaire, lequel n'est pas par hasard le poète de la question que vous soulevez: Les fleurs du mal vous le savez, devaient d'abord s'appeler Les lesbiennes. Est-ce que ça ferait froncer le sourcil de l'austère Freud et est-ce que le sourcil de Lacan en serait un peu plus relevé? Vous voyez combien de questions ça entraîne.