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Jessica Benjamin est psychanalyste et féministe. Dans son dernier ouvrage, Les liens de l'amour, elle nous propose de la suivre dans une ambitieuse tentative de synthèse où elle cherche à réconcilier féminisme et psychanalyse. Sa réflexion nourrie de nombreuses lectures, philosophes, sociologues, théoriciens du féminisme et psychanalystes, y compris les français, est un vibrant plaidoyer en faveur de l'avènement d'une intersubjectivité à la fois psychique et sociale qui corrigerait le fonctionnement binaire sujet/objet caractéristique, selon elle, de la théorie psychanalytique et de la société contemporaine. Notre lien à l'autre est fondé sur le besoin impérieux d'être aimé et reconnu en tant que sujet. Racine de l'amour, ce besoin dérape facilement vers la domination de l'un sur l'autre et engendre volontiers une complicité de la part du (de la) dominé. La théorie psychanalytique classique, avec la prime qu'elle donne à l'homme, contribue à renforcer cette situation. Il faut donc l'enrichir d'une notion nouvelle, celle d'une réciprocité fondée sur une mise en tension permanente de l'individu entre son besoin d'autonomie et son besoin d'amour. Ceci rendrait possible une véritable reconnaissance de la différence des sexes et des générations. Jessica Benjamin considère le féminisme comme une étape dans ce processus. A ce titre, sa réflexion, même si elle appelle de nombreuses critiques, est plus nouvelle que les classiques mises en accusation de la théorie psychanalytique par le féminisme.
Cinq chapitres lui permettent de développer son argumentation. Dans le « premier lien », elle examine la relation mère-enfant à travers la littérature psychanalytique contemporaine, Winnicott, Mahler et Kohut, en particulier. Elle a