You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Dans ce numéro riche d'un matériel clinique exceptionnellement abondant, le thème de la plainte est abordé selon deux grands axes:
F. Gantheret retrace avec talent la trame du roman de Kleist intitulé Michael Kohlhaas, basé sur l'histoire vraie d'un personnage emporté par l'impérieuse exigence d'obtenir réparation d'une humiliation arbitrairement infligée, jusqu'à commettre d'horribles massacres et sacrifier sa propre vie afin de faire admettre la légitimité de sa plainte. Il s'agit pour l'auteur de fournir un exemple extrême, non pas d'un cas d'orgueil démesuré, mais du besoin fondamentalement humain — si dérisoire puisse-t-il apparaître par ailleurs — de reconnaissance du droit à la dignité: dans la mesure où celui-ci « justifie l'existence et assure une consistance à l'identité personnelle », il peut, s'il se trouve dénié, devenir pour l'individu opprimé un enjeu plus fort que tout, y compris la préservation de son intégrité corporelle. Cette réflexion à multiples dimensions (politique, philosophique et psychanalytique) met en relief une dimension essentielle de la Loi: celle d'assurer à tout membre de la collectivité une validation narcissique continue fondée sur la tiercéité.
D. Scarfone aborde de manière originale la plainte psychotique, en faisant appel pour la spécifier à la notion de différend qui, par opposition à celle de litige, caractérise les cas où le plaignant est dépouillé de moyens d'argumenter, de prouver ou même de mettre en mots le dommage subi. Le futur psychotique aurait été exposé plus que quiconque au désaveu du bien-fondé de ses plaintes et aurait construit, par identification à l'agresseur, un barrage au « noyau de vérité historique » en coupant ses productions délirantes de son histoire individuelle. Si la tâche de l'analyste peut, dans cette perspective, être définie comme tentative