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A l'historien qui s'interroge sur l'historiographie juive, et écrit: « La tâche ne peut plus être seulement de découvrir de la continuité dans l'histoire juive, pas même une continuité “dialectique”. Le temps est peut-être venu de regarder au plus près les ruptures, les failles, les coups d'arrêt… de comprendre que de ce qui a été perdu sur le bord de la route de l'histoire, quelque chose peut souvent, grâce à nos redécouvertes, trouver sens à nos yeux »2, le texte de Freud, L'homme Moïse et la religion monothéiste3, ne pouvait manquer d'être, par son questionnement sur l'Histoire, la mémoire, la tradition et sa transmission, une riche source de réflexion. La rencontre entre les deux hommes semblait aller de soi.
Le texte de Freud, d'ordinaire difficilement assimilable dans l'ensemble du corpus freudien, sauf à le renvoyer à son auteur, à le réduire, à le replier sur lui-même pour le livrer à l'analyse de l'analyste, trouve, sous le regard de l'historien juif, une ouverture nouvelle. Celle-ci s'oppose en effet à la lecture de Marthe Robert qui, dans la confusion d'une pensée réflexive sur l'identité juive et d'une auto-analyse, dénonçait chez Freud un conflit qui l'amenait, « congédiant purement et simplement l'Histoire et le monde réel de la nécessité »4, à tenter de se démettre de sa judéité. C'était prendre l'inventeur au piège de son invention, inverser le mouvement de Freud qui le porte de l'histoire individuelle à celle de