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Il y a exactement dix ans, ici à Lisbonne, je me suis adressé à une assemblée de psychanalystes, dont beaucoup sont présents aujourd'hui. Il s'agissait du XLIVe Congrès des psychanalystes de langue française, et le rapporteur portugais était João dos Santos, que plusieurs d'entre vous ont eu le privilège de connaître personnellement.
Santos, peu avant le début du Congrès, tomba malade et me demanda de présenter son rapport sur la névrose d'angoisse. Je me souviens très précisément du tumulte des sentiments qui m'ont envahi à l'époque. Santos avait été mon superviseur et, plus que cela, il était essentiellement un ami et un maître. Il était doué d'une rare forme d'intelligence, où les aspects intuitifs étaient marquants; son désir, formulé en plein hôpital, avait presque la saveur d'une exigence, puisque il était fondé sur l'amitié et la confiance en ma capacité à le représenter dans un moment important de sa carrière de psychanalyste et d'investigateur de l'esprit humain.
Je sais qu'il est presque impossible de transmettre par des mots l'émotion sentie alors, mais pour ce qui nous intéresse, ce qui prédominait c'était le désir de ne pas décevoir un homme d'une telle dimension; un double état de douleur psychique m'envahissait donc. D'un côté, la souffrance et la préoccupation pour un ami gravement malade. De l'autre, le résultat de la nécessité de contenir et de transformer une œuvre qui n'était pas la nôtre et d'une certaine façon nous appartenait.
De surcroît, le rapport de Santos, concomitant à l'important travail d'Augustin Jeanneau sur l'hystérie, aujourd'hui encore œuvre princeps pour la pensée analytique, le rapport de João dos Santos, donc, me posait des questions qui paraissaient s'attacher d'un côté à des préoccupations scientifiques et techniques qui m'occupaient à l'époque, nommément la théorie et la technique de l'identification projective, et de l'autre à des problèmes qui, ici, aujourd'hui, en 1994,