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Dans son rapport, Louise de Urtubey réaffirme à juste titre une certaine préséance du contre-transfert sur le transfert; le premier fonctionnerait, nous dit l'auteur, comme un signal, en particulier au niveau de la décision d'une analyse: « Au-delà de la reconnaissance de ce qu'il est convenu d'appeler une “indication”, le contre-transfert est un facteur capital pour déterminer l'analyste à prendre, ou pas, quelqu'un » (p. 158). C'est sur ce point essentiel et remarquablement développé dans le rapport — l'impact du contre-transfert sur l'indication d'analyse — que je souhaite intervenir pour livrer quelques réflexions à propos d'une « demande-limite ».
Au téléphone, Maurice M. demande à me voir pour une analyse. Transsexuel, il dit avoir suivi la procédure habituelle de transformation dans le service du Pr X…, spécialiste bien connu.
Il est bien rare qu'un transsexuel demande une analyse, aussi suis-je a priori très intéressée par le cas et d'emblée désireuse de le « prendre ».
La trentaine, les cheveux rasés à la militaire, Maurice a les yeux pétillants derrière les lunettes de l'intellectuel qu'il est. Subrepticement, une pensée me traverse l'esprit, « il a toujours une apparence masculine alors qu'il a amorcé une transformation », mais je ne vais même pas jusqu'à me formuler et interroger cette contradiction.
Il me raconte brièvement une enfance difficile, longuement son trajet intellectuel fait de passions et d'inhibitions pour en arriver à sa demande actuelle d'analyse, alors même qu'il avait rejeté cette option, préalablement aux débuts de ses transformations corporelles. Il ne lui reste d'ailleurs plus que le changement d'état-civil qui est en cours. Je me surprends alors à penser qu'il se fiche de moi, qu'il n'a rien commencé… jusqu'à ce que je prenne conscience qu' « il » est une femme « transformée » en homme! Je reprends intérieurement une contenance