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Entretien avec Gabriel Gachelin, biologiste, chef de Laboratoire à l'Institut Pasteur, Directeur scientifique de la revue La Recherche.
Propos recueillis par J.-J. Baranes et J. Cournut.
NDLR. — A la suite d'un colloque organisé par l'Association Freud-Darwin, J.-J. B. et J. C. ont souhaité inciter G. G. à parler de la relation difficile entre analystes et scientifiques, notamment à propos de l'utilisation métaphorique, ou détournée, du langage des sciences en analyse. C'est là un élément important de la réalité psychique des analystes aujourd'hui.
RFP : Comme vous le savez, l'analyse — le langage de l'analyse — est resté très attaché à des métaphores scientifiques qui s'arrêtent pour la plupart aux alentours des années 1920-1930. On se trouve alors un peu « en retard », par rapport au progrès de la pensée scientifique, dans un certain isolement, qui n'est pas loin finalement d'un « impérialisme à usage interne ».
G. G. : C'est en effet la première constatation que l'on peut faire. Cela dit, ce n'est pas un problème en soi d'être « en retard ». Il me paraît naturel d'utiliser, dans un écrit ou une discussion, un vocabulaire d'origine scientifique qui a pris au fil du temps une acception culturelle ou littéraire. Le problème apparaît quand on prétend tenir un discours scientifique, alors qu'on ne fait qu'employer un vocabulaire scientifique daté. C'est très souvent ce qui se passe avec des emprunts de notions anciennes, comme l' « évolution », la « Phylogenèse » ou la « génétique ». Mais ce détournement est encore plus frappant lorsque le vocabulaire est celui de la science actuelle. Quand on parle de modèles, il y a coupure radicale entre l'usage scientifique de ces modèles en train de se constituer — ou en train de dépérir — et l'usage qu'on en fait dans d'autres disciplines. Ce passage du premier usage au second transforme un concept scientifique en usage poétique. Quand on se met à prendre cela pour de la science, il me vient des
envies de meurtre ! Du moins, j'ai e