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Freud (1897) se pose la question de savoir pourquoi la scène de séduction semble réelle au patient alors qu'elle ne s'est pas produite dans la réalité matérielle. Pour répondre à cette question, il crée le concept de réalité psychique (Freud, 1895, 1900) : les désirs inconscients (et les fantasmes inconscients) produisent des effets réels. Tout en renversant les critères préfreudiens de l'objectivité pour apprécier la réalité, ce concept engendre un solipsisme concernant le statut que l'on peut attribuer à l'histoire du sujet et à la réalité matérielle1.
J'avancerai une proposition théorico-clinique qui pourrait nous permettre de dépasser ce solipsisme (Faimberg, 1993, p. 159-162).
De mon point de vue, la méthode psychanalytique et le concept d'inconscient sont les conditions nécessaires au maintien de la légitimité analytique du concept de réalité psychique. La psychanalyse et la phénoménologie mettent l'une et l'autre la réalité matérielle entre parenthèses (Epoché), mais ce qui les distingue est précisément le concept d'inconscient; l'articulation entre l'introspection et l'écoute analytique nécessiterait une étude particulière. Je me limiterai ici à illustrer par une vignette clinique2 ce que j'entends par « écoute psychanalytique décentrée » :
« Mon père n'a jamais compté dans ma vie. Seule importait ma mère, avec son regard froid et méprisant », dit M… sur un ton froid et méprisant. Pour elle, « ce » père (que j'interprète comme faisant partie de sa réalité psychique) est la réalité