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Dans la construction du souvenir-écran comme dans celle du rêve, le travail de représentation porte de façon privilégiée sur les éléments visuels. Le soulignement artificiel de certains détails et leur disposition sursignifiante donnent à la scène figurée un excès de sens et de réalité qui l'apparente à un tableau en trompe l'œil. Cette « surréalité » factice, avec la coloration affective qui la caractérise, témoigne, non de la réalité du souvenir, mais de ce que sa retraduction a laissé perdre. De même, l'objet perdu du deuil ou de la séparation prend souvent un excès de présence hallucinatoire dans la réalité psychique, au moins dans les premiers temps du travail d'élaboration de la perte.
En utilisant le rêve et l'hallucination comme procédés de création esthétique, le surréalisme prétendait soumettre le réel à la réalité psychique. L' « objet surréaliste », s'il pouvait être « rencontré » dans la réalité extérieure, devait être « interprété » par le désir qui lui avait déjà donné forme dans le rêve. Mais le langage, qui est la rencontre avec les mots de la langue, n'est-il pas en définitive, pour l'analyste comme pour le poète, une retraduction des traces laissées par l'objet perdu dans la réalité psychique?