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Jean Favreau, on le sait, n'aimait pas écrire; ce qu'il appréciait, c'était d'avoir un auditoire attentif qui le relançait dans cette manière qu'il avait de fabriquer un modèle théorique pour éclairer tel moment d'une analyse. Fils d'accoucheur, il avait fait sienne, jusque dans les gestes des mains qui accompagnaient sa pensée, la maïeutique. Il aidait ceux qui l'écoutaient à « entendre » l'érotisme oral, urétral et anal, à travers le discours, les rêves et les fantasmes ; avec lui, c'était une psychanalyse au plus près du corps, des zones érogènes et de leurs orifices dont il s'agissait.
Nous tentons ici, pour ce numéro de la revue consacré à l'analité, de rappeler quelques-unes des idées qu'il avait élaborées quant à la genèse du psychisme et au travail que le Moi doit effectuer pour passer de l'objet oral à l'objet anal, puis à l'objet génital.
Nous nous appuierons, d'une part, sur un enregistrement, partiellement audible, d'une rencontre de 1988 avec André Green sur le thème de l'analité; d'autre part, sur la cassette d'un entretien, réalisé en 1990 par Alexandra Munier et Marianne Persine, sur l'érotisme anal chez l'enfant.
La rencontre de 1988 avait eu lieu après une Table ronde sur la position dépressive et l'angoisse de castration; Jean Favreau avait alors choisi de lier les deux thèmes : pour lui, la position dépressive serait une préforme informe du fantasme de castration génitale, l'autre préforme étant le fantasme de castration anale. Et il citait Freud : « Lorsque l'enfant rencontre l'angoisse de castration, il a déjà fait l'expérience de la séparation du sein et des fèces. »
Jean Favreau proposait alors sa propre conception de la naissance du psychisme humain, jusqu'au déclin du complexe d'Œdipe.