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L'homme est miroir pour l'homme.
Quant au miroir il est l'instrument d'une universelle magie qui change les choses en spectacles, les spectacles en choses, moi en autrui et autrui en moi.
On raconte qu'en Chine, à l'époque mythique de l'empereur Jaune, celui-ci aurait repoussé, derrière les miroirs, un monde au-delà de cette barrière froide et inanimée. En y apercevant, un matin, l'apparition fugitive de quelque reflet, comme le poisson dans le miroitement de la mare, il se pourrait bien que nous croyions à partir de ce simple fait étrange que celui-ci annonçât la revanche et notre envahissement par cet autre monde. Pourtant certains, plus avertis, savent que c'est le bruit entendu d'un cliquetis d'armes, venu de l'autre côté du miroir, qui sera le signal qui nous alertera. J. L. Borges enrichit de cette légende sa grande collection des signes du monde ancien dans son bestiaire d'animaux fabuleux.
Aujourd'hui, « les choses ont avalé leur miroir » raconte Jean Baudrillard.
La mythologie devrait-elle se modifier du poids de cette métamorphose? Et nous? Il faudrait bien que du bonheur se loge au sein de nos fascinations car nous avons repoussé le reflet non pour l'ombre mais pour l'absence d'ombre.