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Mon cher René,
En me replongeant dans tes écrits fourmillant d'idées, remarquablement choisis par Elsa Schmid-Kitsikis parmi tes publications de ces vingt dernières années et proposés dans cet excellent ouvrage, j'ai pu constater que le refoulement s'attaque aussi au souvenir de la tonalité émotionnelle spécifique que prend la démarche de pensée d'un être qui vous est cher et qui a joué un rôle capital dans votre propre développement. Ainsi, sans cette relecture, aurais-je presque pu « oublier » l'importance de l'hédonisme dans la vision scientifique du maître prestigieux et de l'ami de longue date que tu es pour moi. Pourtant, j'ai rencontré peu d'êtres humains — et encore moins de psychanalystes — chez qui l'on sente aussi présente cette jubilation à penser que tu nous offres. En témoigne, d'ailleurs, la place que tu accordes à l'auto-érotisme, dont tu fais le moteur d'une « capacité de rêverie » centrée par toi sur le sujet, et non plus, comme le voudrait en toute rigueur le concept créé par W. R. Bion, sur l'objet.
Qu'on ne se méprenne pas, cependant : si ton plaisir à penser est éclatant de joie enfantine demeurée intacte, le jeu ainsi relancé, telle la bobine dans le berceau du petit-fils de Freud, est pétri de relations à tous les objets de la vie affective. Du jeu de la pensée, tu possèdes l'extrême virtuosité qui signe les talents précoces. Dans tous tes écrits, l'on peut entendre le fredonnement de l'enfant « capable de jouer seul en présence de la mère » (Winnicott)… à condition