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L'écoute du patient déprimé nous confronte à une souffrance exprimée de manière itérative, le plus souvent sous la forme d'un appauvrissement, d'un vide, voire d'une néantisation qui tend à envahir l'espace analytique et finalement la psyché même de l'analyste. Cette vacuité douloureuse n'est pas une réaction élémentaire ou innée analogue à un signal d'incapacité en face d'une situation dangereuse; elle n'est pas non plus un appauvrissement simple et progressif ayant vidé la psyché de ses potentialités et de sa libido. Le vide cache un trop-plein qu'il s'agit de reconnaître et de traiter sans provoquer de nouvelle désorganisation secondaire à une modification des investissements. Ceci explique mon sous-titre qui fait appel, faute de mieux, au terme de réanimation que je comprends comme une activité psychique qui s'inscrit dans une réorganisation progressive. Il apparaît en effet qu'un trop (d'excitation) est aussi protecteur contre une désorganisation plus importante, la difficulté étant alors de s'éloigner d'un surinvestissement douloureux et négatif sans pour autant aggraver la désorganisation sous-jacente.
Le mouvement qui permet la réanimation ne paraît possible que dans une transitionnalité contre-transférentielle où une création (minimale mais essentielle) ouvre un champ élaboratif nouveau, première maille d'un long travail de reconstruction d'un tissu psychique continu.
J'illustrerai mon propos par trois moments de la cure d'un patient déprimé (voire mélancolique) pour repérer ce qui apparaît comme du « trop plein » dès les premiers entretiens, qui se retrouve dans une première période de recrudescence dépressive puis dans une longue phase dominée par la désespérance du rien.