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Entre le mythe d'Œdipe et le complexe d'Œdipe court le fil rouge du désir inconscient, objet de nombreux aménagements, déguisements ou distorsions. La version que nous donne Sophocle de l'histoire d'Œdipe-Roi n'est elle-même qu'une des nombreuses variantes qui, du langage oral à l'écrit, ont donné corps à cette configuration structurale. Au cœur de l'Œdipe, le parricide et l'inceste, indissolublement liés et dont la perpétration effective suscite un sentiment d'horreur indicible parce que renvoyant à l'impensable. Devant ce trou dans la psyché, les légendes ont proposé divers types de défenses (censure, déplacement, dissociation…) visant à cacher, réduire ou nier la double horreur parricide et incestueuse (voir A. Green)2. Œdipe chez Sophocle tente lui aussi de s'en défendre comme il peut, notamment par la dénégation :
S'adressant à son beau-frère et oncle Créon3 : « Tu me reproches mon parricide, mon mariage et mes malheurs. Mais tout cela, je l'ai subi, je ne l'ai pas voulu. Tel était le bon plaisir des dieux; (…) Et s'il est trop vrai, hélas! que j'ai échangé des coups avec mon père et l'ai tué, mais sans préméditation, sans savoir à qui je m'en prenais, de quel droit blâmerais-tu un forfait involontaire ? Ma mère, enfin, misérable, qui était ta sœur, tu me contrains sans pudeur à rappeler que je l'ai épousée ! Elle m'a mis au monde - malheur, oui, malheur à moi ! - elle m'a mis au monde, mais elle ne savait pas plus que moi ce qu'elle faisait lorsque, dans le sein qui m'avait porté, elle conçut de mes œuvres, pour son opprobre, des enfants ! »
La mise en perspective temporelle qu'implique la dénégation, signant l'activité