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La lecture, les livres ont été utilisés dans des psychothérapies d'enfants ou d'adolescents, mais il ne semble pas que cela l'ait été au cours d'analyses ou de psychothérapies d'adultes.
Dans une analyse qui se voulait classique au départ (trois séances par semaine sur le divan) j'ai été amenée à utiliser, par un certain hasard, des textes littéraires comme aire transitionnelle entre la patiente et moi.
Dina est une femme de trente-sept ans qui vient consulter pour une procrastination. Elle a beaucoup de mal à prendre des décisions, elle hésite toujours entre différents partis et cela la gêne dans ses activités professionnelles et familiales.
Elle veut faire une analyse et après un entretien préalable, je pense que l'on peut faire un essai. Elle révèle assez rapidement un symptôme important, une inhibition intellectuelle massive.
Cette inhibition a porté depuis l'enfance sur les acquisitions scolaires et sur toutes les activités intellectuelles, mais elle s'étend maintenant à l'analyse. Dina ne pense pas, elle n'a pas d'associations d'idées, pas de fantasmes. On pourrait qualifier son discours d'opératoire, selon les conceptions de Pierre Marty. Elle raconte de menus faits de la vie quotidienne dans un discours répétitif et monotone. Elle n'imagine rien, elle ne rêve pas. Toutefois, après un temps assez long d'analyse, quelques rêves apparaissent qui font penser qu'elle doit avoir des fantasmes sadomasochistes puissamment refoulés.
Le départ apparent de cette inhibition a été un deuil important, la mort de son père à l'âge de neuf ans. Elle présente une amnésie infantile qui porte sur toutes les années précédant ce deuil.
Plus tard elle a subi d'autres deuils sévères. Lorsqu'elle essaie enfin de retrouver quelques souvenirs d'enfance, elle apporte la notion de séparations précoces.