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Pour René Roussillon, l'expérience traumatique est conservée à l'état de matière première psychique brute sous forme de traces perceptives, et elle fait retour sous forme de perceptions non reliées à la trame représentative. Il propose l'hypothèse que des « sensations » corporelles ou perceptions traumatiques d'états corporels seraient pareillement stockées et feraient également retour par une réactivation hallucinatoire sur un tel mode perceptif. Cette hallucination de la trace non symbolisée définirait la solution « biologique », par opposition au champ de la « psycho-logique » qui commence avec le travail de mise en représentation par « l'historicisation du symptôme somatique », à partir d'un travail de recontextualisation de la « sensation perceptive ».
C'est cette conception de l'articulation psyché/soma que je discute dans cet article.
Il faut préalablement préciser que lorsque René Roussillon utilise le terme de « somatique », il pense « symptôme somatique » plutôt que maladie somatique, ce qu'on voit très bien dans l'exemple clinique qu'il développe pour étayer son point de vue1. La patiente qu'il évoque a une ulcération douloureuse de l'estomac, mais la maladie ulcéreuse, sa survenue ou son évolution ne sont pas examinées en regard des possibilités ou non de métabolisation de l'excitation non pulsionnalisée par un fonctionnement psychique approprié. René Roussillon ne parle que de la douleur qui survient dans une séance et dont l'évocation par la patiente permet ce qu'il appelle une « historicisation » de la symptomatologie dans un échange entre l'analyste et la patiente (R. Roussillon dit à celle-ci, à propos des brûlures œsophagiennes dont elle souffre dans une séance, que, bébé, les biberons que lui donnaient sa mère étaient trop chauds, ce qui la fait associer sur