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La procédure suspensive que R. Roussillon décrit comme la condition primordiale de tout travail psychique me permet d'entrer dans le jeu que son rapport nous propose sans les scrupules suscités par la certitude de ne pas avoir intégré toute la richesse de sa réflexion.
Aussi, je me limiterai à évoquer deux vignettes cliniques se rapportant à deux cures différentes, sur lesquelles le concept de médium malléable jette un éclairage nouveau.
Le premier cas concerne un jeu d'eau :
Sébastien, 3 ans et demi à l'époque, est adressé au Centre Alfred-Binet par l'école maternelle d'où il était renvoyé pour cause de turbulence. En effet, lorsqu'il ne parvenait pas à s'enfuir pour rentrer chez lui, Sébastien avait des conduites agressives à l'égard des autres enfants et de ses maîtresses.
Comme à l'école, au Centre il ne participait pas non plus à aucune des activités proposées. Son seul désir était de se précipiter dans les toilettes pour jouer avec l'eau. C'était des toilettes que je devais l' « extraire » pour l'amener dans mon bureau - où il n'acceptait de se rendre qu'à condition que sa mère soit présente - et c'était vers les toilettes qu'il fonçait quelques minutes après le début des séances. Il ne parlait pas, son vocabulaire était d'ailleurs réduit à quelques mots, mais une lueur d'intérêt semblait passer dans ses yeux lorsque je le dessinais avec sa maman sur le tableau noir; la ruée vers l'eau pouvait alors être retardée de quelques minutes.
Sa mère, gardienne d'un immeuble du quartier, était mécontente de perdre ainsi son temps. Elle devait en effet se faire remplacer pour accompagner Sébastien au Centre, alors qu'elle considérait que le traitement était inutile, qu'il n'y avait rien à tirer de ce garçon; elle songeait d'ailleurs à l'envoyer dans sa famille en Espagne. Selon elle, le diable s'était emparé de Sébastien comme d'un de ses cousins, un vaurien de 11 ans « qui traîne en Espagne à la campagne, ne parle pas et fait des bêtises ».