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Il y a à peine trois mois que son père est mort. David s'assied lourdement et soupire: « Pourquoi la douleur reste-t-elle si longtemps! Pourquoi est-elle si forte ?… Je ne m'y attendais pas, je n'ai plus d'énergie et j'en ai marre! Qu'en pensez-vous ?… »
David me consulte depuis bien longtemps. Un long chemin a été parcouru. De l'adolescent qu'il était, replié et calfeutré dans un monde imaginaire tentant, sous l'alibi dépressif, de prolonger une symbiose secrète avec un univers maternel cotonneux en évitant du même coup toute confrontation avec un père lui apparaissant aussi absent et rabat-joie que terrifiant, il est devenu un homme, marié, père de famille depuis peu, vivant donc autonome et menant d'apparence une vie sans histoires. Sans assez d'histoire justement, de vie…, ce que nous avions identifié au partir de son hésitation, indéfiniment répétée, à se laisser aller à son temps en acceptant son propre inachèvement et en terminant sa route avec moi. Nous continuions donc à nous voir calmement une fois par quinzaine, quand, incroyablement, son père s'est mis à perdre ses forces, à décliner puis à dépérir. Il est mort ! David était à mille lieues de penser que son père lui ferait ce coup-là. Il était âgé, mais cela ne comptait pas : c'était un roc inamovible et c'est tout! Il y a donc des choses qui se passent « pour de vrai » ? Il y a donc des choses qui se terminent vraiment ? Le voilà qui réévoque cette caresse dont il m'a parlé autrefois. La seule dont il se souvienne de la part de son père. Un soir de sa petite enfance, ce dernier en effet, alors que le petit David faisait semblant d'être endormi, lui caressa furtivement le front. Maintenant, il sent encore la main fragile de son père qu'il a serrée longtemps en signe de réconfort au moment de le quitter le soir dont il ne savait pas encore qu'il serait le dernier. Il semblait endormi ! A-t-il senti l'étreinte ? Et cette nuit-là… Comble d'ignominie,