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J. C. — Le but de notre rencontre est de vous interroger, vous qui connaissez bien à la fois la psychanalyse et les questions concernant le sida, sur le fonctionnement psychique des individus et des groupes par rapport à ce phénomène dans ses multiples paramètres.
Le sida pose aux psychanalystes des problèmes, je crois, à deux niveaux :
— celui de la clinique et de la pratique au cas par cas. Mais ce n'est pas sur cet abord que je vous interroge, en effet c'est l'affaire du contre-transfert de chacun, à analyser pour soi et en échangeant avec des collègues ;
— l'autre niveau est celui où les analystes, connaisseurs en fonctionnement psychique, ont probablement quelque chose à dire pour attirer l'attention du socius sur des positions habituellement méconnues, par exemple le déni, la dramatisation, etc.
Si on veut bien préciser le discours désormais classique sur le sida, la sexualité et la mort, quel éclairage pensez-vous que les analystes peuvent apporter, et dans quels registres ?
P. M. T. — Il me semble que le fait essentiel auquel l'analyste est sans doute plus sensible que tout autre est le degré d'excitation qui accompagne cette épidémie. Qu'il s'agisse de la vivacité du rejet des malades ou de la véhémence de ceux-ci, qu'il s'agisse du dévouement des bénévoles ou de la rage des bien-pensants, c'est le fait qui est, à mon avis, le plus notable. Excitation à proprement parler sexuelle, que l'on n'observe pas pour une épidémie de choléra ou de grippe, par exemple, ressenties en fait comme un mal endémique, une fatalité de tous les temps. Alors que le sida, c'est du sexuel et du nouveau, de l'inconnu.