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Un des paradoxes de la condition humaine réside dans le fait que nous cherchons à donner un sens à notre vie sans avoir une idée précise de ce qu'il pourrait être. Pour nous, être humains, le problème n'est pas tellement « Que devons-nous faire, à proprement parler, pour que notre vie ait un sens ? », mais plutôt « Que pourrait être notre vie si elle avait un sens? ». Pour les philosophes occidentaux, à commencer par Platon, l'amour tient un rôle essentiel dans ce dilemme, mais ils sont restés ambivalents sur la nature de ce rôle. Dans son ouvrage, Le Banquet, Socrate décrit Éros comme un messager entre les humains et les dieux, messager « qui transmet aux dieux les prières et les sacrifices des hommes, et aux hommes, en retour, les commandes et les cadeaux des dieux pour leurs sacrifices. Ils régissent et rassemblent ». Pour Socrate, c'est se comporter en être spirituel: servir d'interprète entre chaque royaume. De cette manière, Éros établit un rapprochement entre le royaume du divin et le royaume de l'immanence, créant une région intermédiaire grâce à laquelle la vie terrestre acquiert un sens profond et une valeur inestimable.
L'absence d'Éros mène à la tragédie. Dans l'Antiquité, une vision tragique est née du constat qu'il n'existait pas d'êtres spirituels, que ni Éros ni aucun autre pouvoir ne peuvent servir de lien entre l'humain et le divin. Bien que ces royaumes se rencontrent avec des conséquences énormes et parfois catastrophiques, il subsiste un fossé infranchissable en ce que la signification la plus profonde de la vie humaine nous restera incompréhensible. Dans une perspective tragique, le vrai sens des actions humaines dépend de leurs relations à un ordre qui transcende notre compréhension. L'évolution moderne de ce point de vue tragique élimine complètement le royaume du divin ; seules les actions humaines ont du sens si elles permettent d'établir une relation, compréhensible ou non,