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Cherchant à comprendre l'effet produit sur lui par l'énigmatique et grandiose Moïse de Michel-Ange, Freud affirmait être davantage sensible au contenu de l'œuvre qu'à ses qualités formelles. Il n'en proposait pas moins sa célèbre analyse en ne s'attachant qu'à la contemplation de la statue et à ses propres réactions face à elle, à des questions patiemment mûries dans la répétition des visites et que les explications traditionnelles de l'histoire de l'art n'avaient pu satisfaire, sauf à retenir son attention par leurs contradictions. Même s'il ne légitima que dix ans après la publication anonyme de son essai « cet enfant non analytique », il ouvrait là une voie essentielle à l'articulation de l'esthétique et de la psychanalyse, celle qui consiste à rendre compte d'une œuvre en ne s'appuyant que sur elle, tout particulièrement sur les détails secondaires et les « vétilles », et sur l'impression ressentie. Mais du même coup, en privilégiant la dynamique des forces en présence, l'analyse s'attache à la structure non moins qu'au contenu.
Pour une esthétique psychanalytique - le dernier livre de Murielle Gagnebin, psychanalyste et philosophe, spécialiste de l'art - se réclame de cette filiation et explore, aiguise cette voie: celle d'une esthétique qui considère la critique comme une érotique et l'œuvre comme un champ de bataille où s'inscrivent le sexuel, la pulsion, la couleur, l'attention portée aux détails, à ce qu'ils révèlent, l'examen méticuleux des non-dits ou des contradictions. L'alliance n'a rien d'une évidence, elle se donne comme un programme, elle doit se confronter à un certain nombre d'obstacles dans l'un et l'autre des domaines qu'elle entend réunir et enrichir mutuellement. La question posée dans cet ouvrage est double en