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Que peut signifier pour nous psychanalystes le phénomène culturel du politically correct ? Quels sont les mécanismes psychiques profonds qui président à ce courant qui sévit aux États-Unis mais qui se déploie aussi d'une façon larvée en Europe ?
Sous des allures intellectuelles et/ou politiques, cette idéologie actualise de façon perverse la peur de la parole (écrite ou parlée) et sa manipulation à des fins qu'il n'est pas aisé de déceler à première vue.
Ce phénomène culturel a une importance non négligeable qui demande des éclaircissements : on peut voir le politically correct comme un secteur clivé fonctionnant dans le processus primaire chez des sujets par ailleurs parfaitement -trop parfaitement - secondarisés. Étrangement, ce clivage est par ailleurs exhibé, sacralisé, normalisé. C'est d'autant plus grave que cet équivalent d'un fétiche suture et cache la jonction entre deux secteurs clivés.
« La pesanteur sociologique » étant aussi concrète que la pesanteur biologique, on peut difficilement l'exclure de l'investigation et de la théorisation psychanalytique » (C. Dejours, Le masculin entre sexualité et société, 1988). Dans le cas du politically correct, la perversion en tant que négatif de la névrose se trouve à la frontière du socius et de l'individu et possède la même valeur économique dans le sens restrictif et mutilateur.
Notre profession est ici directement concernée, étant donné que nous travaillons avec les mots, leur richesse, leur sonorité et leur polysémie. Effacer certains de ces mots de l'usage courant parce que «politiquement incorrects» risque de museler le langage, d'abraser les traces mnésiques et de mutiler les chaînes signifiantes.
D'un autre côté, il est très difficile de faire une analyse lucide de ce phénomène, car ceux qui le défendent se posent en moralistes et détenteurs de la vérité,