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Un cas de névrose de dépersonnalisation proche de ceux décrits par Maurice Bouvet1 m'a amenée à réfléchir sur le phénomène de la dépersonnalisation et sa relation avec les défaillances de la fonction synthétique du moi.
Lise, une jeune femme d'une trentaine d'années, entreprend une analyse parce qu'elle souffre de moments de dépersonnalisation très pénibles et qui l'inquiètent. Elle a brillamment réussi dans ses études et dans sa profession, en contraste avec les failles de sa vie privée. Elle n'arrive pas à faire un bon choix d'objet, les hommes auxquels elles s'attache la quittent souvent rapidement, et bien souvent, ils exercent des professions qui les amènent à voyager fréquemment. Chaque fois que Lise doit affronter une séparation elle se dépersonnalise.
Elle décrit ainsi ses crises : « J'ai l'impression de me liquéfier, de me vider, c'est terrible. » Elle a trouvé un moyen de stopper ce phénomène. Si la crise survient lorsque le partenaire est encore en sa présence, il faut que Lise le touche, qu'elle ait un contact corporel. Il suffit par exemple qu'elle lui mette la main sur l'avant-bras, sur la joue ou sur l'épaule et la crise s'arrête. Si la séparation se produit, tout recommence. Lise éprouve dans ces moments-là un sentiment d'inquiétante étrangeté, l'impression d'être dans un brouillard, une angoisse à l'idée qu'elle va se vider corporellement et psychiquement. Elle a aussi un sentiment de dédoublement. Elle fait des rêves dans lesquels un personnage qu'elle appelle son double joue un rôle à ses côtés. Elle fait aussi des rêves de vases communicants ou de cataractes qui risquent de l'engloutir et de m'engloutir avec elle.