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Ce numéro intitulé « Destins de la violence » rassemble l'essentiel des actes du Colloque de Monaco de mai 1994. Trois axes de recherche peuvent se dégager des échanges occasionnés par cette rencontre :
— le premier interroge l'origine instinctuelle de la violence ;
— le second, ses racines culturelles ;
— le troisième, à mi-chemin entre les deux premiers, ses sources pulsionnelles.
Ces trois modalités d'approche du problème permettent de mieux saisir les enjeux théorico-pratiques des autres articles plus directement cliniques.
Jean Bergeret, dans son intervention (« Les destins de la violence en psychopathologie ») développe le premier axe de cette recherche en rappelant sa conception de la violence fondamentale. La violence y apparaît comme une sorte d'instinct primitif visant la survie narcissique et ne s'accompagnant ni de plaisir, ni de haine. L'objet, déterminé dans son opposition au moi, prend le rôle modeste d'un « non-moi ». C'est une logique de survie qui se dégage et peut se condenser dans la formule « l'autre ou moi ». La violence correspondrait à une force vitale sans connotation destructrice ou érotique, proche donc de l'autoconservation freudienne. Comme dans la théorie de l'étayage de 1914, la libido s'appuie sur la violence mais cette confrontation est tardive : en effet, l'opposition libido/violence ne résulte pas d'un antagonisme synchronique donné d'emblée. Leur articulation permettra la différenciation des courants érotiques et agressifs qui se traduit cliniquement par l'ambivalence des sentiments. En pathologie, trois grands destins peuvent alors se manifester :