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Dans son livre Les chaînes d'Éros1, André Green consacre un certain nombre de passages à la contestation de mes idées sur l'origine du sexuel et la nature de la pulsion. Je l'en remercie d'autant plus qu'un tel abord direct et polémique diffère de la façon d'agir courante dans la psychanalyse – et peut-être dans la pensée – française. Les idées sont trop souvent prises par le petit bout de la lorgnette, disloquées, effleurées en passant : « le moi-peau comme dit Anzieu », « le narcissisme de mort selon la belle expression de Green », « la spirale, idée inspirante de Laplanche »… et l'on passe à la suite. Cet éclectisme de l'allusion, ce refus d'une pensée qui se laisse vraiment saisir, serait-il un caractère majeur de ce qu'on nomme « postmodernité » ? Je le pense parfois.
Avec Green, rien de semblable. Ses idées se déroulent avec cohérence, sous les doubles auspices d'une fidélité affichée à Freud et d'une référence multiple aux meilleurs auteurs de la pensée analytique et extra-analytique contemporaine.
La pensée d'André Green – un livre comme celui-ci en est l'image même – est comme un long fleuve tranquille. Il va vers la mer d'un cours imperturbable. Tel un fleuve africain, il charrie avec lui des troncs d'arbres, des maisons entières, des corps (« biologiques » comme il se doit), des rayons de bibliothèques, etc. Dans ce charroi, se trouvent emportés, comme malgré eux, et dans un voisinage qui n'est pas toujours justifié, des éléments réunis de façon quelque peu hétéroclite. Je l'ai dit plus d'une fois à Green, dans nos discussions amicales : « Ta pensée est synthétique, volontiers conciliatrice, voire syncrétique. Tu supportes