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Comme un cordage tressé dont le fil rouge serait le désir, le temps humain résulte de l'enchevêtrement de différentes dimensions qui entrent en résonance. Le temps linéaire, en strates, a jalonné la découverte de Freud, fasciné par Darwin et l'archéologie : théorie des stades, inscriptions en couches successives, coulées de lave de la pulsion. Sans flèche du temps, l'analyse se trouve piégée dans i'atemporalité de l'actuel ; mais pour remédier à une linéarité réductrice, il faut recourir à une « génétique des représentations », en décalage avec la génétique des stades pulsionnels. La seconde dimension est celle du temps en boucles sous toutes ses formes : répétition, rythmes, régression, effets de rétroaction et d'après-coup, émergence de I'atemporalité de l'inconscient, paradoxes temporels de la cure. Tous ces phénomènes tentent de bousculer le temps linéaire, de reculer pour mieux avancer, de modifier le passé pour agir sur l'avenir et de renverser, métaphoriquement, la flèche du temps et le parcours létal de l'entropie. Une autre façon de bousculer le temps universel des philosophes et des scientifiques est la troisième dimension d'un temps, selon le sexe et selon le style temporel de chaque structure psychopathologique. Le sexe n'est-il pas une réserve de temps, une exigence de temporalité, et un garant de la diversité des formes temporelles ? Le sens de l'histoire, plus qu'à une mémoire statique, confronte le psychanalyste à l'exigence d'une mise en sens par un sujet affecté par ses rencontres, destinataire d'un héritage qu'il trie au fur et à mesure pour en dénouer le destin. La construction du sens est l'aboutissement de l'intégration de la temporalité, et définit une flèche du temps humain opposée à celle du temps physique. Enfin le temps de la cure est la référence de toutes ces dimensions. Les questions du rythme et de la durée des séances, du tempo interprétatif, des intervalles nécessaires, des mises en latence, des interruptions et des reprises de cure, sont évoquées pour déjouer l'interminable et fascinante intemporalité de l'inconscient.