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N'est-ce pas que les livres qui comptent se mêlent à notre vie ? Ils œuvrent à l'intérieur. Ils accourent et saisissent l'instant. Imprévus, ils provoquent la surprise. Ils ne sont pas appris pourtant, ils ne sont pas mémorisés, en tout cas ni plus ni moins que les autres que nous dépasserons sans jamais plus les apercevoir.
Les livres qui m'importent, non pas ceux dont on parle, mais ceux qui ont une vie souterraine en moi tirent leur vivacité occulte, j'en suis convaincu maintenant, d'une vertu incitatrice qui leur est propre : ils me poussent à me taire. Ils exigent que je fasse silence. Ce n'est pas, notez-le, qu'ils bavardent de leur côté : ils sont plutôt en eux-mêmes silencieux d'une manière intransigeante.
Trouvez-moi un livre plus jaloux de son silence que le poème de Mallarmé : Un coup de dé. Difficile d‘éprouver plus nettement la chute des astres dans l'immensité muette : c'est une infatigable épilepsie. Quand je suis, quand je tombe, je perçois d'où je viens. En voyant projetée sur tout un mur la lancée des lettres du poème mallarméen1, issu du désastre obscur, j'ai pensé que la charité d'une œuvre tenait à la hauteur de l‘épreuve du silence qu'elle traverse. C'est à ce moment précis que m'est revenue la formule étonnante de Jean Gillibert : « Oser disparaître est l'art de l'acteur. » Quoi ? Le plus exhibé de nous tous, le plus en vue, de fait comme de droit, devrait tenter – c'est une gageure – de chuter dans sa course ascensionnelle. Quelque chose comme un phallus sans éclat.
C'est la visibilité intense, encore accrue par de nombreuses consultations ou prises en charge psychiatriques et psychanalytiques, c'est le souvenir du visage