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En proposant la technique des associations libres, en incitant à la remémoration, Freud a lié le genre narratif à la psychanalyse. Les aspects paradoxaux de la règle fondamentale déterminent la trajectoire conflictuelle de la cure entre les deux pôles du « parler » – déjà présents dès la talking cure – celui qui implique un récit qui cherche organisation et cohérence dans les processus secondaires et celui qui tend à la désorganisation du discours et à la régression vers les processus primaires. L'expression directe de fantasmes s'associe à des récits de rêves, de souvenirs et à des chroniques de la vie quotidienne qui renvoient à des contenus latents; ces différents niveaux de narration traduisent la complexité du cheminement entre la chose vécue et son évocation à travers les mots. L'Einfall, la pensée incidente, vient traduire cette articulation entre le conscient et l'inconscient et nous confirmer que le genre narratif intéresse toute la topique psychique. Plus encore, en introduisant parmi les fantasmes originaires le « roman familial » Freud a défini une sorte de fonction narrative dans l'inconscient lui-même. Les fantasmes originaires et les théories sexuelles infantiles sont des formes de contes: il n'y aurait pas de croyance sans récit.
Que fait l'analysant lorsqu'il raconte, que fait l'analyste de ce qui lui est exposé et qu'il dénomme parfois improprement « matériel » ?
L'interprétation vient contribuer à la défaite du récit et à sa réécriture, le patient accédant alors à des possibilités toujours nouvelles de refigurer son passé, de ressaisir son implication subjective, même si les souvenirs remémorés ne changent pas. On pourrait alors parler des « constructions en analyse » comme d'interprétations narratives.
La question de la vérité des récits se pose comme celle de leur fonction dans le déroulement de la cure.