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Julia Kristeva a consacré récemment à la lecture de Proust un livre fondamental pour les analystes: Le temps sensible. Proust et l'expérience littéraire1. Plutôt que de reprendre pour ce numéro de la RFP des points traités, elle a préféré s'entretenir avec nous, à partir de quelques-unes des nombreuses questions que soulève ce livre.
Revue française de psychanalyse. — Vous êtes théoricienne de la littérature et psychanalyste, votre œuvre se situe notamment sur la crête des rapports entre littérature et psychanalyse, votre perspective n'étant pas celle d'une psychanalyse appliquée – si l'on entend par là l'application à une œuvre des concepts psychanalytiques. Vous entendez plutôt montrer dans la littérature un « intérêt de la psychanalyse », dans la mesure où toutes deux portent sur la capacité à symboliser de l'individu, qu'elles ont cet objet en commun. Dans ce champ, le privilège que vous accordez à Proust est lié à la spécificité et à la profondeur de l'expérience « excessive » qu'il propose, dont « l'unité nous échappe encore » mais qui se déploie « sensuelle, artificieuse, blasphématoire » (279). Proust s'est voulu traducteur du monde sensible en images, en mots. La lecture de la Recherche, écrivez-vous encore, est une expérience qui