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Chaque année, à la fin du troisième trimestre, cette analysante enseignante de français distribuait à ses élèves de seconde la page de la Recherche, dont même les plus incultes avaient une vague connaissance. Plus encore que le nom de Proust, la petite madeleine éveillait chez eux des échos qui, du coup, amorçaient leur curiosité et leur donnaient envie de lire cette grande page « aux phrases alambiquées qui n'en finissent pas »! Et chaque année, immanquablement, la réaction observée se faisait la même: dès le « accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain », la classe plongeait dans un profond silence. Et puis, à peine perceptible d'abord, un frémissement se faisait sentir, au moment du « plaisir silencieux… isolé… ». Et enfin l'hiralité – au début discrète et individuelle, voire gênée, surtout chez les filles – éclatait sans retenue quand le narrateur décrivait sentir en lui « quelque chose qui se déplace, voudrait s'élever », quand le souvenir « arrêté, redescendu peut-être, qui sait s'il remontera jamais de sa nuit » apparaît tout d'un coup.
Rien de scabreux, pourtant, dans cette évocation: les rires qu'elle suscite chez les adolescents ne font que confirmer la justesse de la notation d'excitation érotique anale et génitale liée à la poussée hésitante du phénomène de remémoration en cours.