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En mai 1913, dans une lettre à S. Ferenczi, Freud commente: « J'écris en ce moment le Totem avec l'impression que ce sera mon plus important, mon meilleur et peut-être mon dernier travail. » Quelques jours plus tard il ajoute: « Depuis L'interprétation des rêves, je n'ai rien écrit avec plus de conviction. » Totem et tabou marque non seulement une « décentration du regard de l'analyste de l'individu vers le socius » (E. Enriquez), mais l'avènement de tout un ensemble de problématiques nouvelles. Un individu psychiquement isolé n'existe pas, ne saurait même exister, dans la mesure où il est impossible de se construire sans groupe, sans « autre ». L'éthologie et l'ethnologie ont apporté des éléments relatifs au développement affectif, cognitif et social de l'individu en mettant en évidence la valeur du contact corporel avec la mère et le groupe des congénères, la classe d'âge pouvant même remplacer et relayer la mère. Le groupe n'apparaît-il pas nécessaire sinon indispensable à la structuration de l'individu? Le groupe est un système intermédiaire entre individu et société. En 1913 Freud place le groupe des frères meurtriers du père de la horde à la source des organisations sociales, des restrictions morales et des religions. Le groupe est donc aussi entre la horde et l'état.
Le concept de groupe est pluriel et l'analyste éprouve quelques difficultés à manipuler, voire même penser, un tel « objet » suivant l'expression de J.-B. Pontalis. Très sommairement il peut s'interroger sur sa nature authenti-quement psychanalytique et considérer qu'il relève d'un autre champ, sans doute voisin, mais malgré tout différent et que la pensée du groupe s'arrête au seuil du dispositif quel qu'il soit, divan-fauteuil ou face à face. Mais il peut aussi, en raison de son expérience clinique et de ses modes d'élaboration théorique, s'efforcer d'en spécifier les contours, les logiques et les effets, et entendre le murmure du groupe sourdre de la parole de l'analysant.
Très tôt Freud isole l