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Dans l'écart extrême entre le style d'écriture des deux cosignataires de ce livre – tous deux psychanalystes – se manifestent la difficulté considérable et le malentendu constitutif inhérents au travail de Mémoire.
Tout d'abord ce livre illustre – mais dépasse – ce que l'on pourrait appeler le paradoxe du témoin lorsqu'il s'agit de la déportation et de la Shoah. Témoigner impose pour le témoin de se soumettre à la reviviscence du traumatisme, laquelle peut annihiler les moyens mêmes de l'expression du témoignage; d'autre part témoigner comporte également le risque, voire la certitude, de traumatiser celui à qui l'on parle et de se sentir soi-même blessé ou humilié si ce que l'on dit n'est pas pleinement compris. Le délai, très long, qu'il a fallu à Rosine Crémieux – qui fut déportée résistante à Ravensbrück – pour qu'elle puisse enfin, à la faveur de l'amitié, rapporter ce qu'elle a vécu, est lié à ce paradoxe et en particulier au souci de ne pas faire partager l'insoutenable: « La confrontation avec la mort, je ne voulais pas la faire revivre à mes proches. J'avais envie qu'ils m'aiment, qu'ils me choient. Je ne voulais en aucun cas leur imposer cette souffrance supplémentaire. Nous nous étions retrouvés; je voulais qu'ils soient heureux et fiers. » Parler immédiatement aux trop proches n'était donc pas possible et, des années après, parler aux enfants ne l'était pas davantage. Rosine Crémieux évoque en effet cette difficulté à transmettre à ses propres enfants quelque chose de cette expérience terrible avec la crainte qu'ils n'en fassent pas l'usage souhaité et constate ainsi que s'est installé « entre parents et enfants un non-dit empreint de culpabilité …