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Ce numéro passionnera tous les psychanalystes, psychosomaticiens ou non, car tous sont quotidiennement confrontés, comme le souligne Jean-Claude Rolland, au lien étroit « presque organique » entre douleur et pulsion sexuelle, en raison de l'inadéquation originaire de la pulsion et de l'objet: la douleur appelle la puissance consolatrice du fantasme, et de ce fait fonde la psyché au même titre que le désir. Toutefois, la grande majorité des articles collectés s'attache à la clinique de cas particulièrement difficiles, souvent proches de la « réaction thérapeutique négative », et envisage les effets tantôt destructeurs, tantôt défensifs de la douleur, physique et/ou psychique, lorsqu'elle occupe une place centrale dans l'économie psychosomatique. Bien entendu, le rôle des diverses formes de masochisme est largement évoqué, mais souvent considéré comme secondaire par rapport à une finalité primordiale concernant la survie de l'entité psychosomatique ou la continuité identitaire.
Parmi les divers auteurs qui reprennent les élaborations freudiennes successives à propos de l' « énigme de la douleur », Jacqueline Lubtchansky montre avec beaucoup de clarté comment la douleur participe à la construction des « deux systèmes de protection du moi », l'objet interne et le surmoi, tous deux élaborés à partir de la détresse, de l'immaturité et de l'impuissance du moi toujours réactivables par les traumatismes du destin. Elle nous rappelle que, dès l' « Esquisse », la douleur participe tout autant que l'expérience de satisfaction au développement des capacités d'anticipation et d'attente, à partir des « expériences de consolation » prodiguées par un objet externe « utile », dont les traces mnésiques permettront ou non de relier les traumatismes ultérieurs à une présence objectale interne pare-excitante et secourable. Elle met par ailleurs l'accent sur les trois points de vue freudiens essentiels concernant la mélancolie: l'hémorragie libidinale (constante tout au long de l'œuvre), a