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Vénérés présidents et chers frères! Je vous prie de ne pas croire que j'ai donné à mon exposé un titre suscitant tant de frissons par espièglerie. Je sais que beaucoup de personnes ne veulent pas entendre parler de la mort, donc peut-être en est-il aussi parmi vous, et je voulais éviter que ces frères ne soient attirés dans une séance pénible pour eux. J'aurais également pu modifier l'autre partie de mon titre. Au lieu de « Nous et la mort », il aurait pu être « Nous les juifs et la mort » car le rapport à la mort, que je vais traiter devant vous, c'est justement chez nous, les juifs, qu'il se manifeste le plus souvent et de la manière la plus extrême.
Mais vous pouvez facilement imaginer comment j'ai justement été amené à choisir ce thème. C'est une conséquence de la terrible guerre qui fait rage en ce moment et qui nous dérobe à tous l'orientation de notre vie. Je crois avoir remarqué qu'en tête des facteurs agissant dans ce trouble figure le changement dans notre attitude par rapport à la mort.
Quelle est donc notre attitude vis-à-vis de la mort? Je pense qu'elle est très singulière. Nous nous comportons dans l'ensemble comme si nous voulions éliminer la mort de la vie; nous lui réservons pour ainsi dire un silence de mort; nous y pensons – comme à la mort! Cette tendance ne peut naturellement pas s'imposer sans perturbation. La mort se fait tout de même remarquer à l'occasion. Nous sommes alors profondément ébranlés et comme arrachés à nos certitudes par quelque chose d'inhabituel. Nous disons: « c'est terrible! » lorsqu'un aviateur ou un alpiniste disparaît, lorsqu'un échafaudage s'effondre