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« Les morts, non la mort – ni sa pulsion –, non le meurtre, non le deuil ni la perte ou l'absence. Les morts avec tout cela mais, d'abord, l'immense multitude des morts. » Cette suite de négations ou de restrictions dans l'argument de ce numéro dit à la fois la référence à Freud et la reprise d'un sujet ouvert à l'anthropologie, à l'ethnologie et à la littérature.
L'ensemble des articles, riche, varié, est placé sous le signe de la littérature avec la mention, en épigraphe (« The vast host of the dead »), de la fin de la dernière nouvelle de Gens de Dublin, de James Joyce, lorsque la neige recouvre indistinctement, « comme à la venue de la dernière heure, tous les morts et tous les vivants ». À travers le roman mexicain de Juan Rulfo, Pedro Paramo, Edmundo Gomez Mango évoque ce qu'il nomme « la mélancolie de la terre », le retour sur une terre saccagée, hantée par la destruction, une vision hallucinée, un voyage au pays des morts. C'est à une rêverie littéraire plus tranquille que nous invite Jean-Bertrand Pontalis qui clôt le volume, en se livrant à une sorte de conversation avec les morts de différents films et romans, des morts réels ou imaginaires, des morts de papier, avec lesquels il établit une familiarité. Aussi, trouve tout naturellement sa place dans ce numéro du Fait de l'analyse l'éloge funèbre, repris de l'ouvrage Hommes et destins, prononcé par Stefan Zweig devant le cercueil de Freud, « le grand ami, le maître cher ».
Mais, il apparaît, le plus souvent, que la coexistence avec les morts, perçus dans la matérialité de leur corps, ne soit pas tolérable pour les vivants. Comme l'expose Freud dans Totem et tabou, les morts sont dangereux, menaçants, « considérés comme des ennemis ». Anciens vivants, ils ne lâchent pas si facilement ceux qu'ils ont quittés. Ils leur sont même hostiles et les rites mortuaires