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La grossesse est l'expérience du lien le plus intime et le plus durable qui soit entre deux êtres vivants, la mère et l'enfant qu'elle porte. À première vue, il est paradoxal d'en faire le point de départ d'une réflexion sur la séparation. Pourtant, chez les nombreuses femmes enceintes, ou cherchant à l'être, que j'ai compté parmi mes patientes ces dernières années, ce fut un thème central. Dans tous les cas, j'ai été frappée par l'intensité du travail psychique à l'œuvre durant ce temps de la vie qui se termine, de façon prévisible et inéluctable, par la rupture de ce lien.
La grossesse peut certes être vécue sur un mode purement biologique et vidée de son contenu psychique. Si elle ne l'est pas, c'est une formidable crise dans la vie d'une femme, comparable à d'autres crises, l'adolescence notamment, qu'elle achève plus sûrement que toute autre expérience. C'est une période féconde pour l'élaboration ou la réélaboration d'une séparation fondamentale qui se joue dans de multiples registres et conditionne tant la vie psychique de la mère, dans sa relation à ses imagos parentales, à son image corporelle et à son compagnon, que celle du bébé à naître. Elle a encore ceci de particulier qu'elle se joue en accéléré dans un temps compté, comme la croissance du fœtus. C'est donc du point de vue de la vie psychique de la femme enceinte ou cherchant à l'être que je voudrais réfléchir sur certains aspects de l'expérience de la grossesse et de son issue, paradigme de toute séparation et instrument possible de toutes les différenciations.
Pour l'analyste, la périnatalité est un temps fascinant car il donne un accès inégalé aux mouvements de fusion et de séparation avec l'objet chez une patiente adulte. La souplesse psychique qu'on observe souvent à ces moments-là, à l'instar de celle de la paroi utérine, permet d'observer dans l'œuf une